Titre block
L’épopée Berlioz du National

Publié le mar 09/04/2024 - 08:00
Image
Image
Symphonie  fantastique de Berlioz
Symphonie  fantastique de Berlioz
Body

À l’occasion des 90 ans du National et du retour de La Damnation de Faust, il s’impose de rappeler la place cruciale occupée par l’œuvre de Berlioz tout au long de l’histoire de l’orchestre. 

Berlioz et l’Orchestre national de France, tel que rebaptisé en 1974, anciennement Orchestre national de la Radiodiffusion française à sa naissance en 1934 puis en 1964 Orchestre national de l’ORTF, c’est une grande et longue aventure. Comme de juste pour ce compositeur français parmi les plus importants, et de surcroît maître de l’orchestre qu’il sut renouveler et auquel il sut redonner des couleurs. À la tête de la formation orchestrale, la liste des chefs qui y ont défendu Berlioz, dans ce pays où pourtant longtemps il ne fut pas reconnu à sa juste valeur y compris même de son vivant (alors que ses succès en Allemagne, à Londres ou en Russie ne se comptaient pas), parle d’elle-même. Depuis les directeurs musicaux, Jean Martinon (de 1968 à 1973), Lorin Maazel (de 1977 à 1991) ou Charles Dutoit (de 1991 à 2001), à la juste réputation de spécialistes de Berlioz, aux chefs invités, André Cluytens, Pierre Monteux, Charles Munch, Leonard Bernstein, John Nelson, John-Eliot Gardiner ou Colin Davis dont la réputation est pareillement reconnue, voire sans égal en matière de ce répertoire, c’est un florilège d’interprètes de haut niveau pour porter le flambeau de notre compositeur « national ». 

Dans ses tous premiers temps, on relève Jean Fournet invité à diriger un programme Berlioz le 13 septembre 1943, mais surtout, le 23 novembre de la même année, le Requiem (avec 613 exécutants) au Palais Garnier au bénéfice de la Croix-Rouge sous la direction de Charles Munch, en sus d’une Symphonie fantastique qu’il venait de donner (suivie d’un enregistrement). 

Après quelques touches, cette épopée spécifique du National prend véritablement forme à partir des années 1950, avec Cluytens et Munch. Du premier, on note une Symphonie fantastique dirigée en 1955, qu’il reprendra en 1965. Mais c’est au second que revient la meilleure part. Ainsi de la symphonie avec solistes et chœur Roméo et Juliette et à nouveau de la Symphonie fantastique en 1953, qu’il enregistre dans les deux cas. Puis en 1959 (le 24 mai), Manuel Rosenthal dirige Les Troyens (dans une version très écourtée : un peu plus de 2 heures, quand l’opéra dure normalement 3 heures et demie ; avec des chanteurs de second plan). Igor Markevitch prend la relève la même année par La Damnation de Faust, au Festival de Montreux, avec un gratin de solistes : Régine Crespin, Nicolai Gedda, Ernest Blanc. Relevons aussi cette intervention du hautement spécialiste britannique, Sir Tomas Beecham, en 1957 et 1959 pour la Symphonie fantastique (peu avant sa disparition en 1961). 

Peu après, l’ère Martinon se signale dans la foulée des célébrations du centenaire de la mort de Berlioz en 1969, par une œuvre rare : le diptyque Épisode de la vie d’un artiste, ou la Symphonie fantastique suivie de son prolongement Lélio ou le Retour à la vie pour récitant, solistes vocaux et chœur. Avec la participation de Jean Topart (récitant), Charles Burles (ténor), Jean Van Gorp (baryton), Nicolai Gedda (ténor) et le Chœur de l’ORTF ; il s’agit du second enregistrement du diptyque, six ans après celui de Boulez en 1967 avec le London Symphony Orchestra. Martinon emmène aussi le National à Londres, en 1969, avec la soprano Régine Crespin. Au programme, des extraits de La Damnation de Faust  mais aussi des Troyens. 

Puis vient Lorin Maazel qui dirigera par trois fois Roméo et Juliette (en 1978, 1980 et 1989) et conduira le Requiem en 1984 au Palais omnisport de Bercy. En 1985, c’est l’apparition de Colin Davis, pour La Damnation de Faust à la salle Pleyel (avec Jessye Norman, Thomas Moser, José van Dam). Il reviendra chaque saison de 2006 à 2009 diriger Berlioz : Roméo et Juliette, la Fantastique, le Requiem (à la basilique Saint-Denis), l’opéra-comique ultime de Berlioz Béatrice et Bénédict (avec Joyce DiDonato, Nathalie Manfrino et Charles Workman), l’ouverture de Waverley et le cycle de mélodies Les Nuits d’été (avec Sophie Koch), et enfin la symphonie avec alto principal Harold en Italie à l’Opéra-Comique (concert repris quelques jours plus tard à La Fenice de Venise). 

Entre-temps, Georges Prêtre livre l’opéra Benvenuto Cellini, dans la version dite de Weimar remaniée en son temps avec l’aide de Liszt, en 1984, puis en 1986 et enfin en 1987 pour la réouverture (après travaux) du Théâtre des Champs-Élysées (avec Chris Merritt et Barbara Hendricks), en hommage à cet opéra donné sous la direction de Felix Weingartner et de Désiré-Émile Inghelbrecht (qui a dirigé les deux dernières et sera le fondateur du National) en 1913 pour l’ouverture du théâtre. Il y a aussi les concerts marquants de Leonard Bernstein. Dès 1966, le chef américain inclut des pages de Berlioz dans un concert, puis c’est son grand retour à la tête du National en 1975 avec le Requiem, par deux fois dans l’église des Invalides (et qu’il enregistre), mais aussi la Symphonie fantastique et Harold en Italie (avec également un enregistrement dans les deux cas) 

Puis Charles Dutoit dirige La Damnation de Faust en 2019, dans le cadre des célébrations du 150e anniversaire de la disparition de Berlioz (avec John Osborn, Kate Lindsey, Nahuel di Pierro). Auparavant, il a livré en 1995 la Messe solennelle, œuvre de jeunesse de Berlioz qui venait d’être redécouverte ; ainsi que l’oratorio biblique L’Enfance du Christ en 1996 et l’imposant Te Deum en 1998 (concerts à la basilique Saint-Denis). 

John-Eliot Gardiner, plus habitué par la suite du Philharmonique de Radio France, propose, en 2011, un programme Berlioz (ouverture Le Roi Lear, cantate Cléopâtre avec Anna Caterina Antonacci et Marche funèbre pour la dernière scène d’Hamlet), puis le Requiem à la basilique de Saint-Denis en 2012. Alors que Riccardo Muti livre la rare Symphonie funèbre et triomphale en 2004, et les non moins rares Messe solennelle en 2007 et Épisode de la vie d’un artiste en 2009 (avec l’acteur Gérard Depardieu en récitant). Valery Gergiev, qui s’est taillé une juste réputation comme interprète de Berlioz, intervient pour le Requiem en 2018. 

Parmi les directeurs attitrés récents de l’orchestre : Daniele Gatti s’empare de Roméo et Juliette en 2014 en sus d’une Symphonie fantastique l’année suivante ; Emmanuel Krivine donne aussi la Fantastique, mais également L’Enfance du Christ, Harold et Les Nuits d’été ; alors que le directeur actuel, Cristian Măcelaru, laisse une Fantastique en compagnie de la Damnation. 

C’est ainsi que la plupart des œuvres de Berlioz sont célébrées. On ne compte pas les Symphonie fantastique, bien sûr, Harold en Italie, un peu moins, ou Les Nuits d’été. Et puis, anecdotique : rituellement, le concert donné le 14 juillet aux pieds de la tour Eiffel, commence par la Marche hongroise (de la Damnation) ! Les Troyens ont toutefois été peu bien servis. 

Mais l’autre grand opéra, Benvenuto Cellini, a bénéficié d’une réalisation hors pair. En 2003, lors du bicentenaire du compositeur, John Nelson dirige avec éclat et enregistre la version originale de l’opéra, tel qu’il fut créé à l’Opéra de Paris en 1838 (avec, entre autres, ses récitatifs – version que le célèbre disque de Colin Davis ne présentait pas). Première recréation mondiale ! Avec, de surcroît, un plateau vocal de haut vol : Gregory Kunde, Patricia Ciofi, Joyce DiDonato, Jean-François Lapointe, Laurent Naouri. Un moment-clef de l’Histoire du National au service de Berlioz ! 

Pierre-René Serna 

Merci à Christian Wasselin, précédemment chargé des publications de la direction de la musique de Radio France et éminent spécialiste de Berlioz, pour ses précieuses indications. 

 

 

Diffusion sur France Musique 

Ravel, Daphnis et Chloé suite n°2

Titre
21 mars