Makropoulos, une ténébreuse affaire

Vendredi 24 Février 2017
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Mikko Franck dirige l’avant-dernier opéra de Janáček le 1er avril, à Radio France, en compagnie de Laura Aikin dans le rôle déroutant d’Emilia Marty.

LE 21 JANVIER 1904 était créée à Brno Jenufa, l’opéra qui devait faire la gloire de Janáček. Une vingtaine d’années plus tard, voici venir, sous le titre L’Affaire Makropoulos, un autre portrait de femme. Cette fois, le réalisme laisse la place à tout autre chose : une histoire à la fois fantastique et policière, qui met en scène Emilia Marty, cantatrice âgée de 337 ans grâce à un élixir de longue vie. Oui mais voilà : ses héritiers aimeraient partager la formule de cet élixir…
 
Sur cette histoire étrange, Janacek a composé une musique concise, nerveuse, qui laisse peu de chance au chant (si on entend par là le souvenir du bel canto) mais propose une forme de déclamation nouvelle, hâtive, parfois fiévreuse, soutenue ou combattue par un orchestre fourni.
 
L’ouvrage fut créé le 18 décembre 1926, toujours à Brno. Il s’inspire d’une pièce de Karel Čapek, qui écrivait ceci à Janáček, le 27 février 1923 :
 
« J’ai une trop haute opinion de la musique – et de la vôtre en particulier – pour l’imaginer liée à une pièce au style aussi familier, aussi peu poétique et aussi verbeux que mon Affaire Makropoulos. Je crains que vous ne songiez à toute autre chose, quelque chose de mieux, que ce que ma pièce offre vraiment – à part son personnage de trois cents ans... Néanmoins, cher Maître, rien ne vous empêche, sans tenir compte de ma pièce, d’imaginer une intrigue dont l’axe, le centre, serait, dans un cadre plus approprié, une vie de trois cents ans et ses souffrances. Après tout ce n’était pas ma propriété : vous pourriez la baser sur Ahasvérus (le juif errant), la sorcière du conte de Langer (dans la collection Assassins ou Rêveurs) ou même mademoiselle Makropoulos, et aménager l’action complètement indépendamment, comme bon vous semble, exactement comme vous me l’avez dit en fait. Vous n’auriez pas besoin alors de la longue discussion au sujet du procès, de la recette perdue et de son emploi, etc. Mon texte devrait être réellement modifié et il vaudrait peut-être mieux alors ne pas vous y tenir et établir vos propres conditions. Je le répète : je ne considère pas l’histoire d’une personne éternelle, ou de trois cents ans, comme ma propriété littéraire et je ne vous empêcherai donc pas de l’utiliser comme bon vous semble. »
 
Pour savoir si le compositeur a ou non trahi l’esprit de l’auteur, une seule solution : vérifier sur pièce et sur place, le 1er avril.
 
Florian Héro

 
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