Une partition perdue et retrouvée de Stravinsky

Mardi 7 Février 2017
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Une partition perdue et retrouvée de Stravinsky | Maison de la Radio
Composé en 1908, créé en 1909 au Conservatoire de Saint Pétersbourg, dédié à la mémoire de son maître, Nikolaï Rimski-Korsakov, le Chant funèbre écrit par le jeune Stravinsky avait disparu des bibliothèques et bien sûr des salles de concert. Ressuscité il y a quelques mois, il sera interprété le 2 mars par l’Orchestre national sous la direction de James Gaffighan.

LE CHANT FUNÈBRE DE STRAVINSKY appartient désormais aux légendes vivantes de l’Histoire de la musique. La partition de cette œuvre, que le compositeur lui-même dans ses Mémoires évoque comme « la meilleure de (ses) œuvres avant L’Oiseau de feu », était déclarée perdue depuis plus de 100 ans… jusqu’à ce qu’une bibliothécaire du Conservatoire de Saint-Pétersbourg la retrouve dans les archives, parmi d’autres manuscrits non inventoriés, à l’occasion de la restauration du bâtiment en 2014.
 
Lorsqu’il compose le Chant funèbre, Stravinsky, jeune homme de vingt-six ans, était encore totalement inconnu du public russe. Mais c’est un mois plus tard, en février 1909, que la création de son Oiseau de feu lui ouvrit les portes du succès et, en la personne de Diaghilev, celles d’une carrière européenne qui devait se transformer en exil.
 
Le Chant funèbre avait été créé en janvier 1909 en hommage à la mort du maître du compositeur, Nikolaï Rimski-Korsakov. Mais les aléas de l’Histoire avaient fait tomber le manuscrit dans l’oubli. Surpris par la Révolution de 1917 et la guerre civile qui s’ensuivit, Stravinsky, alors en tournée internationale avec les Ballets russes, n’avait pas eu le temps de mettre ses manuscrits à l’abri. Son appartement de Saint-Pétersbourg avait été entièrement vidé, et la datcha où il se retirait souvent pour composer nationalisée, de sorte que l’on perdit toute trace des archives du compositeur, condamné à l’exil. 
 
On ne pourra plus dire « malheureusement »
 
Le Chant funèbre est un dialogue orchestral construit à partir de textures sonores en mouvement, une sorte d’hymne processionnel sublime et lent, dont les variations de timbres instrumentaux, très contrastées, dessinent les contours de façon dramatique. C’est une partition majeure tant sur le plan biographique que musical, car c’est la première œuvre d’envergure où s’affirme une patte plus personnelle, qui commence à s’émanciper de l’influence des maîtres. Stravinsky, dans Chroniques de ma vie, évoque lui-même avec regret la perte du Chant funèbre : « Malheureusement la partition de cette œuvre a disparu pendant la Révolution. (…) Je ne me souviens plus de sa musique, mais je me rappelle très bien l’idée dans laquelle je l’avais conçue. C’était comme un cortège de tous les instruments soli de l’orchestre venant tour à tour déposer, en guise de couronne, sur le tombeau du maître, chacun sa mélodie, et cela sur un fond grave de murmures en trémolo à l’instar des vibrations des voix de basse chantant en chœur ».
 
L’œuvre a été redonnée au concert, pour la première fois depuis sa création, le 2 décembre 2016, au Théâtre Mariinski, sous la direction de Valery Gergiev.
 
Julien Segal
 
Le concert du 2 mars sera diffusé en direct sur France Musique.
 
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