Cartons pleins

Jeudi 5 juin 2014
Email
En quelques semaines, France Inter a retrouvé ses habitudes dans les murs rénovés de la maison de la radio. L’occasion de rencontrer Eric Hauswald, un de ceux qui font depuis plus de trente ans la couleur d’Inter. De nouveaux bureaux, de nouveaux locaux, un franc-parler et une énergie décuplée pour parler avec passion de son métier.

Trois semaines après le déménagement, est-ce que tous les cartons sont déballés ? 

Non, il reste mon carton à moi qui, je pense, sera à la même place dans trois ans !

Qu'est-ce qu'il y a dedans ?  

Euh... quelques CD, des tampons encreurs, des autocollants pour mettre sur les micros, un petit enregistreur numérique, des cartes mémoire, une canette de bière "La Cagole de Marseille" que j'avais eu à l'époque avec un CD de Massilia Sound System et que je n'ai pas bue... Ce carton est resté à peu près six ans à Mangin (avenue du Général-Mangin, à Paris, locaux que France Inter a occupé pendant 10 ans), je pense qu'il sera toujours là dans dix ans! 
 

carton
© Anaïs Cornfield
 

Un peu comme un doudou, ce carton ? 

Tout à fait, un doudou : mon doudou en carton ! (rires) 

Le “réaménagement” de France Inter à la Maison de la radio correspondait aussi à un retour personnel à la Maison... 

Effectivement, je suis arrivée fin 1989, donc j'ai connu la Maison bien avant Mangin. J'ai d’abord pigé pour RFI (alors locataire de la Maison de la radio) comme réalisateur et puis je suis devenu programmateur musical à France Inter. Quand on est parti à Mangin, je n'étais plus programmateur, j'étais producteur, je faisais le 5-9 du dimanche matin. Et puis j'ai été producteur d'autres émissions, et je me suis retrouvé à gérer les moyens de production de France Inter sous la coupe amicale et très professionnelle d'Alexandre Joulia. J’ai vécu Mangin dans les grandes largeurs ! Le retour, ici, à la Maison de la radio, c'est le retour à la maison ! Ceux qui sont arrivés à France Inter à Mangin, et qui n'avaient pas connu la Maison d’avant, ont été un peu perturbés. Mais moi, je fais partie de ceux qui revivent ! D'autant plus que le boulot qui a été fait est ma-gni-fique : les bureaux sont lumineux, on a du mobilier neuf, des ordis neufs, des moyens de production que nous envie la planète entière. Oui, je fais partie des gens très très heureux d'être de retour. Les gens ne sont pas seulement contents de l'esthétique et du nouvel outil de travail... C'est surtout qu'on s'est tous de nouveau projetés vers l'avenir. Ce serait faux et exagéré de dire qu'à Mangin, on se contentait de gérer les affaires courantes, mais ici on est de nouveau tourné vers l'avenir, les pieds dans la réalité du service public Radio France.

L'organisation de l'espace avait été pensée en fonction de l'évolution des métiers. 

Absolument, le travail de préparation du déménagement pendant trois ans a été essentiel.On a vraiment pris soin de rapprocher les bureaux qui allaient travailler ensemble. Tout a été pensé, jusqu'à l'emplacement des prises ! Moi, je suis l'interface exacte entre les équipes de production et les fournisseurs de moyens techniques. Je travaille en collaboration étroite avec les régisseurs de l'équipe technique et ils sont juste à côté, ce qui n'était pas le cas à Mangin où ils étaient à l'autre bout… Je mesure depuis notre retour le degré de frustration que je ne m'étais pas autorisé à exprimer pendant nos années à Mangin. On a fait avec et on a fait de la très bonne radio quand même, des centaines de radio à travers le monde auraient rêvé d'avoir les moyens qu'on avait... Néanmoins, par rapport aux exigences techniques et éditoriales de France Inter, on est beaucoup mieux depuis notre retour à la Maison. Au pire, j'envoie des chargés de réalisation travailler dans la petite couronne, dans les studios à un micro (ce qui représente depuis ici seulement six à sept minutes de trajet dans la Maison ronde). Reste à ajouter à ces studios techniques quelques notes personnelles, comme à la maison – des plantes, des livres, de la presse – qui leur donneraient une touche plus chaleureuse et confortable qui s'entendrait à l'antenne. 

Un petit mot pour vos camarades de France Bleu qui déménagent à Mangin ? 

Un petit mot d'encouragement, bien entendu ! D'abord ils y resteront moins longtemps que nous et je répète qu'on peut y faire de l'excellente radio mais vous verrez... Quand on a déménagé à Mangin, tout le monde râlait et maintenant qu'on est revenu, certains disent qu'ils étaient mieux là-bas, mais on les connaît : c'est les mêmes ! (rires). Moi je fais partie des gens qui aiment le changement. Tant qu'on doit s'adapter, on n'est pas mort ! 

Email