L’Auditorium en toute intimité

Mercredi 2 avril 2014
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En 2003, Radio France profite de l’obligation de remettre le bâtiment en conformité avec les normes de sécurité pour repenser l’architecture du monument. Au beau milieu de cette réflexion s’impose rapidement l’idée de construire une salle permettant d’accueillir les formations musicales de la Maison (au nombre de quatre : Orchestre national de France, Orchestre philharmonique de Radio France, Chœur et Maîtrise de Radio France). Le projet de l’Auditorium est né.

Le lieu, que les actuels architectes préfèrent nommer “salle symphonique”, va devenir un des espaces les plus prestigieux de la nouvelle Maison de la Radio. Les travaux de l’Auditorium ont démarré au printemps 2012, près de trois années après le démarrage de la phase 1 du chantier, en 2009. Dotée de 1462 places pour un coût de 33 millions d’euros, la salle de concerts s’installera en lieu et place des studios 102 et 103, avec une inauguration prévue en novembre 2014. 

Une architecture unique qui place la musique au centre

Mais avant d’écouter résonner les premières notes dans la toute nouvelle enceinte, les architectes et acousticiens ont dû rivaliser d’ingéniosité pour faire face aux contraintes du bâtiment. “Il a fallu tout déconstruire morceau par morceau, avec précaution, pour ne pas abîmer la structure du bâtiment et de tout construire, explique ainsi Sabine Joubert, architecte d'interieur et ergonomie, chargée de la programmation des espaces annexes.La structure même du bâtiment implique que l’on ne peut pas faire ce que l’on veut.”

Construit à l'emplacement de deux anciens studios, dans un espace contraint, le futur Auditorium dispose d'une surface au sol limitée. Il a donc fallu bâtir en hauteur pour pouvoir accueillir les 1462 spectateurs prévus dans un volume de 18000 m3. “Une fois ces contraintes prises en compte, nous souhaitions tout de même que la salle ait la plus grande jauge possible, tout en gardant une distance courte entre le public et la salle”explique l’architecte du projet, Gaspard Joly.

Plan de l'Auditorium vu de haut

 


Le résultat ? Un volume tout en hauteur, avec la musique au centre. Le contrat est rempli avec cette salle dite “en arène”, inspirée de la Philharmonie de Berlin, c’est-à-dire avecl’orchestre au centre de l’espace et le public disposé tout autour. Une première en France, et une envie partagée : l’intimité. “On est dans la musique. L’intimité est unique : c’est extrêmement rare d’être aussi proche des musiciens”, relate Gaspard Joly. 

“L'atout principal de ramener la scène au centre de la salle, c'est de rapprocher mécaniquement les spectateurs du plateau et des musiciens, et de créer ainsi une plus grande intimité et un rapport plus direct à la musique pour les spectateurs", raconte Marc Quiquerez, chargé de l’acoustique au sein du bureau d’études japonais Nagata Acoustics. Avec une nouveauté à la clé : un champ de vision inédit qui embrasse la scène, les musiciens et le public disposé en face. “Avec une salle en arène, il n’y a pas de relation unidimensionnelle mais des échanges”, se réjouit Marc Quiquerez.

Une acoustique bien particulière

La contrainte de la verticalité fait la force du lieu et a renforcé son originalité. Trop haut pour assurer une acoustique parfaite, le faux plafond, à 18 mètres de hauteur par rapport à la scène, a été doublé en sous-face d'un canopy (réflecteur acoustique). L'Auditorium bénéficie ainsi d'une lentille réfléchissante de 13 m sur 12 m, suspendue à 15 m au dessus de la scène. 

Plan de coupe de l'Auditorium

 

"Ici, effectivement, la contrainte c'est qu'on a un plafond très haut au-dessus de la scène qui peut être problématique pour l'acoustique des musiciens, indique Marc Quiquerez. C'est pour ça qu'on introduit un réflecteur, le canopy, pour produire l'acoustique pour les musiciens. Il permet une bonne communication des musiciens entre eux."
Le canopy est la pièce centrale d’un ensemble acoustique qui s’étend dans toute la salle.Ce “faux plafond” est capital : c’est lui qui va distribuer le son dans le reste de l’espace, et qui va permettre aux musiciens de s’entendre. Mais ce n’est pas le seul. “La scène au centre, cela oblige à agrandir les dimensions, à éloigner les surfaces réfléchissantes”, explique Marc Quiquerez. Des réflexions de “second ordre” sont nécessaires, pour que le son joué par les musiciens se réfléchisse deux fois avant de parvenir aux oreilles du public. “Tout est un jeu d’équilibre, on ne peut pas les isoler les uns des autres”, poursuit l’acousticien.

La “boîte dans la boîte”

Dans cette salle, tout est conçu pour que le son circule, grâce à des parements de bois sur les  balcons et à des polycylindres situés à l’arrière des gradins, sur lesquels les notes de musique vont rebondir, de manière alternée. 
Le résultat est un ensemble non-linéaire et désolidarisé, extrêmement compliqué à réaliser : une maquette à l'échelle 1/10 a ainsi été construite pour expérimenter l’acoustique. D’autant que la salle a une autre particularité, celle d’avoir été construite d’après un principe d’isolation extrêmement performant, dit de la “boîte dans la boîte”.
L’idée est de créer une structure entièrement indépendante du reste du bâtiment, un volume dans un volume déjà existant. De cette manière, les murs de l’Auditorium ne sont pas “liés” à ceux du bâtiment, ce qui réduit au maximum les passages de bruit entre les deux. Dans les faits, cela donne une salle symphonique dont le plancher repose sur des longrines posées sur des boîtes à ressorts. Le plafond et les parois sont constitués de matériaux dont la masse de 120 kg/m2 répond aux besoins acoustiques. Pas de crainte à avoir, aucun son extérieur ne viendra perturber l’écoute des spectateurs. 

“Passez quand vous voulez” : le renouveau de la Maison ronde

L’objectif était également de construire une salle chaleureuse : celle-ci sera composée entièrement de bois et aura une seule et même peau, comme un ensemble sculpté de l’intérieur. “À la manière d’un instrument de musique”, confie Gaspard Joly. L’envie, avec cette salle symphonique, était aussi de réinventer le parcours dans la Maison de la Radio.“Avant, il était difficile de circuler, d’aller d’un espace à un autre, explique l’architecte. Avec la grande rue intérieure, on pourra accéder au cœur du bâtiment très facilement.” 

“Ce qui est important, c’est que les formations musicales reviennent dans la Maison. Ensuite, c’est de faire venir plus de gens, de leur faire passer des moments agréables”, raconte quant à lui Christian Depange, directeur adjoint à la musique de Radio France et chargé de la communication. L’arrivée d’un Auditorium d’une telle ampleur s’inscrit en effet dans une perspective plus large : celle de l’ouverture de la Maison de la Radio aux visiteurs pour en faire un lieu culturel.

 

La salle symphonique et tout ce qui l’entoure constituent pour ses principaux acteurs une promesse d’avenir, celle de faire de la Maison de la Radio un espace ouvert et chaleureux. Le bâtiment a, de tous temps, été ouvert au public, pour des émissions ou des concerts. Mais il s’agit d’aller encore plus loin, d’en faire un lieu où les gens viendront flâner naturellement. “Faire venir le public, dans ces proportions-là, c’est quelque chose de relativement nouveau : on ne connaît pas les besoins, donc on essaie de faire en sorte que ça corresponde aux envies réelles des gens”, explique Sabine Joubert. 
L’accueil du public est un véritable enjeu, aussi bien financier qu’en terme d’image. Un enjeu qu’on retrouve dans le nouveau slogan de la campagne de communication :“Passez quand vous voulez”. Et que l’Auditorium compte bien mettre à contribution dès le 14 novembre, pour le premier concert de son histoire.
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